La volonté ne fait pas tout

5 Juin 2019

La volonté ne fait pas tout

« Quand on veut on peut », combien de fois avons-nous entendu cette phrase au bord des terrains de sport ou dans une salle de musculation  ? 

Cette vision très moderne et idéaliste de notre vie nous éloigne de la réalité. Elle nous berce d’illusions, elle nous fait croire que tout dépend de nous. Cette croyance est en partie alimentée par notre impatience et nos réussites qui entretiennent une vision erronée de la réalité. 

Il est difficile de nier cette réalité lorsque nous sommes battus. Nous avons fait de notre mieux mais nous avons échoué quand même. 

« Le contraire de la sagesse est assurément le déni du réel »

1) La vision Stoïcienne : 

Etre Stoïcien c’est accepter que le résultat de votre match, de votre course, de votre combat n’est ni juste et ni injuste, il est tout simplement. C’est accepter que la vérité d’un jour n’est pas celle du lendemain. 

Pour comprendre cette philosophie, donnez moi un champion qui est resté invaincu toute sa carrière ? 

AUCUN….

« Ce qui dépend de toi, c’est d’accepter ou non ce qui ne dépend pas de toi » Épictète 

Pour cela il est important de comprendre que dans une compétition il y a des facteurs qui dépendent de moi et d’autres pas. 

C’est essayer d’être moins dans le volontarisme et plus dans la stratégie. 

Jouer avec les forces en présence plutôt que d’entrer dans le rapport de force. 

Reconnaitre notre impuissance face à certains évènements c’est la rencontre entre soi et le réel. C’est admettre que certaines choses dépendent d’énergies plus grandes, plus vastes que nous : lois de la nature, dieu, de l’univers, les règles du marché. Bref appelez cela comme vous voulez. 

Comme le rappellent depuis des siècles les Stoïciens, l’échec nous offre la chance de nous rendre enfin à l’évidence : le réel parfois résiste ! 

Celui qui sait qu’il est au milieu de forces supérieures et qu’il ne changera pas l’ordre des choses, il lui appartient alors de savoir jouer de ce qui est plus fort que lui. 

Ray Charles a résumé cette sagesse en une phrase

« Nous avons le choix ». 

« La protestation contre le réel est vaine et contre-productive »

2) Le lâcher-prise : 

Le lâcher prise ce n'est pas rien faire.

Au contraire, c'est une action volontaire et dynamique. Lâcher prise, c'est renoncer à tout contrôler, c'est renoncer à prouver quoi que ce soit.

C'est cesser de faire le procès de la vie qui ne nous donne pas ce que nous en attendions. 

Personnellement je trouve que la structuration du sport en compétition permet d’appliquer au mieux ces principes. 

Dans le sport, les notions de contrôle et de volontarisme sont très présentes. On cherche à anticiper les stratégies,  à s’entrainer difficilement, à maitriser la technique, a contrôler l’alimentation et la vie extra-sportive. Tout en sachant que le contrôle sur le résultat final n’existe pas.  C’est accepter que tout ne dépend pas de moi malgré un investissement colossal. 

Cette notion de détachement permet au sportif de faire ressortir une croyance erronée souvent entendue au bord des terrains : « je m’entraine dur donc les résultat vont venir, sinon c’est injuste ». 

En février, dans un entretien avec le journal L’Équipe, Gaël Monfils expliquait que le travail mental réalisé avec son équipe lui a fait prendre conscience que tu peux bien jouer et perdre en même temps car tu ne maitrises pas grand chose au final « Tu te sens super bien et tu prend 2 et 2, tu as l’air d’un peintre. Mais finalement tu as le droit ». « Mentalement tu as envie de faire des choses mais tu n’y arrives pas toujours », ici encore le volontarisme fait son retour. 

La philosophie Taoiste explique le lâcher-prise à travers la métaphore de l’eau. Comme le dit Lao Tseu dans le verset 78 « Essayez de presser fortement l’eau dans votre main, vous finirez par tout perdre ». 

L’eau demeure insaisissable à l’image d’un objectif sportif, cependant en abandonnant l’idée de s’en emparer, notre main se détend et nous ne faisons qu’un avec elle. 

« Les choses qui croissent sous la contrainte de la force finissent toujours par se faner » Lao Tseu.

3) Conclusion : 

Il est important de comprendre que la volonté, la persévérance, la motivation, la résilience sont des facteurs essentiels pour l’atteinte de nos objectifs, pour surmonter les obstacles de la vie. 

Cependant à travers cet article, j’ai essayé de vous faire prendre conscience que la souplesse d’esprit  (l’acceptation) est aussi un facteur de performance et de bien-être. 

Ce qui est dur et rigide, comme le volontarisme à toute épreuve ne résiste pas à la détermination acharnée de ce qui est doux, comme l’écoulement de l’eau. 

Soyez prêt à céder et à faire preuve de douceur envers vous-même et la vie. 

Attaquez ce qui est dur et inébranlable avec la douceur de l’eau !